dimanche 15 novembre 2009

Nietzsche : Vérité ? Connaissance ? Art ?


Toujours je reviens à Nietzsche...

La vérité ? la connaissance ? L'art ?
"L'art" : répond Nietzsche.


Le texte ci-dessous provient de son ouvrage intitulé : La philosophie à l’époque tragique des Grecs
Il est extrait de l'une des Cinq préfaces à cinq livres qui n’ont pas été écrits
Celle-ci se nomme : ''La passion de la vérité''

Ci-contre, La Vérité sortant du puits d' Edouard Debat-Ponsan





La vérité ! Folie visionnaire d’un dieu ! Qu’importe aux hommes la vérité !

Et qu’était-ce donc que la "vérité" héraclitéenne !
Et où est-elle partie ? Un rêve envolé, effacé des masques de l’humanité avec d’autres rêves !... Elle n’a pas été la première !
Peut-être un démon impassible ne saurait-il trouver, face à tout ce que nous nommons de ces fières métaphores : "histoire universelle", "vérité" et "gloire", que ces mots :
"En quelque coin reculé de l’univers éparpillé dans les scintillements d’innombrables systèmes solaires, il y eut un jour un astre sur lequel des animaux doués d’intelligence inventèrent la connaissance. Ce fut la minute la plus orgueilleuse et la plus trompeuse de l’histoire universelle, mais ce ne fut qu’une minute. A peine la nature eut-elle le temps de respirer que l’astre se figea ; et les animaux intelligents durent mourir. Leur temps certes était venu : car bien qu’ils se fussent flattés d’avoir déjà de grandes connaissances, ils en étaient arrivés, à leur grande déception, à découvrir, en fin de compte, que toutes leurs connaissances étaient fausses. Ils périrent et disparurent avec la mort de la vérité. Tel fut le sort de ces animaux voués au désespoir, qui avaient inventé la connaissance."

Tel serait le destin de l’homme, s’il n’était précisément qu’un animal connaissant ; la vérité le pousserait au désespoir et à l’anéantissement : la vérité de sa condition d’éternel condamné à la non-vérité. Mais l’homme se contente de sa seule foi dans la vérité accessible, dans l’illusion toute proche qui lui inspire une confiance absolue. Ne vit-il pas au fond grâce à la perpétuelle illusion qu’il subit ? La nature ne lui dissimule-t-elle pas la plupart des choses, et, surtout les plus proches, comme son propre corps, dont il n’a qu’une « conscience » fantasmagorique ? Il est prisonnier de cette conscience, et la nature a jeté la clef. O fatale curiosité du philosophe qui le pousse à jeter un regard par une fente de cette cellule, sa conscience, vers son extériorité et ses soubassements : peut-être pressent-il alors combien l’homme s’appuie sur un fond de voracité, d’insatiabilité, de dégoût, de cruauté, de criminalité, et poursuit ses rêves attaché sur le dos d’un tigre.
"Laissez-le attaché", crie l’art. "Réveillez-le", crie le philosophe, dans sa passion de la vérité. Mais tandis qu’il croit secouer le dormeur, il sombre lui-même dans une somnolence magique encore plus profonde ; et peut-être rêve-t-il alors des "idées" ou de l’immortalité. L’art est plus puissant que la connaissance, car c’est lui qui veut la vie, tandis que le but ultime qu’atteint la connaissance n’est autre que… l’anéantissement.


1 commentaire:

Anonyme a dit…

Cet extrait est intéressant mais pose tout de même problème. Si l'accès à la vérité et à la connaissance est illusoire, d'où est-ce Nietzsche tire sa vérité (=la vérité est illusoire), et comment peut il la justifier ? Est-il ce démon impassible, une divinité qui seule voit ?
Alors il n'est pas étranger à la minute la plus orgueilleuse de l'humanité.
Je dis ça avec autant d'amour que peut avoir notre siècle pour ce philosophe.
Cordialement
Caemue.