dimanche 15 novembre 2009

Jean Meslier : Testament d'un abbé athée


Jean Meslier (1664-1729) : Testament



Curé d’Etrépigny et de But en Champagne, natif du village de Mazerni dépendant du Duché de Mazarin, était le fils d’un ouvrier en serge (étoffe de laine) ; élevé à la Campagne, il fit néanmoins ses études et il parvint à la Prêtrise.
C'était un rigide partisan de la justice, et toute sa vie il souffrit de devoir pratiquer et enseigner une religion qu'il détestait. C'est pourquoi il écrivit ce poignant testament, dans lequel il justifia son mépris de la religion chrétienne, comme de toutes les autres.

C'est lui, qui aurait dit : "L’humanité ne sera heureuse que le jour où le dernier des tyrans aura été pendu avec les tripes du dernier prêtre".


Vous pouvez retrouver l'intégralité de son testament ici : http://classiques.uqac.ca/collection_documents/meslier_jean/testament/testament.html


Et vous pouvez bien sûr consulter l'article que lui consacre Wikipedia ici : http://fr.wikipedia.org/wiki/Jean_Meslier

Voici donc l'avant propos et un extrait du chapitre II


Avant propos



Vous connaissez, mes frères, mon désintéressement ; je ne sacrifie point ma croyance à un vil intérêt. Si j'ai embrassé une profession si directement opposée à mes sentiments, ce n'est point par cupidité : j'ai obéi à mes parents. Je vous aurais plus tôt éclairés si j'avais pu le faire impunément. Vous êtes témoins de ce que j'avance. Je n'ai point avili mon ministère en exigeant des rétributions qui y sont attachées.
J'atteste le Ciel que j'ai aussi souverainement méprisé ceux qui se riaient de la simplicité des peuples aveuglés, lesquels fournissaient pieusement des sommes considérables pour acheter des prières. Combien n'est pas horrible ce monopole ! Je ne blâme pas le mépris que ceux qui s'engraissent de vos sueurs et de vos peines témoignent pour leurs mystères et leurs superstitions ; mais je déteste leur insatiable cupidité et l'indigne plaisir que leurs pareils prennent à se railler de l'ignorance de ceux qu'ils ont soin d'entretenir dans cet état d'aveuglement.
Qu'ils se contentent de rire de leur propre aisance, mais qu'ils ne multiplient pas du moins les erreurs, en abusant de l'aveugle piété de ceux qui par leur simplicité leur procurent une vie si commode. Vous me rendez sans doute, mes frères, la justice qui m'est due. La sensibilité que j'ai témoignée pour vos peines me garantit du moindre de vos soupçons. Combien de fois ne me suis-je point acquitté gratuitement des fonctions de mon ministère ! Combien de fois aussi ma tendresse n'a-t-elle pas été affligée de ne pouvoir vous secourir aussi souvent et aussi abondamment que je l'aurais souhaité ! Ne vous ai-je pas toujours prouvé que je prenais plus de plaisir à donner qu'à recevoir ? J'ai évité avec soin de vous exhorter à la bigoterie ; et je ne vous ai parlé qu'aussi rarement qu'il m'a été possible de nos malheureux dogmes. Il fallait bien que je m'acquittasse, comme Curé, de mon ministère. Mais aussi combien n'ai-je pas souffert en moi-même, lorsque j'ai été forcé de vous prêcher ces pieux mensonges que je détestais dans le coeur ! Quel mépris n'avais-je pas pour mon ministère, et particulièrement pour cette superstitieuse messe, et ces ridicules administrations de sacrements, surtout lorsqu'il fallait les faire avec cette solennité qui attirait votre piété et toute votre bonne foi ! Que de remords ne m'a point excités votre crédulité ! Mille fois sur le point d'éclater publiquement, j'allais dessiller vos yeux ; mais une crainte supérieure à mes forces me contenait soudain, et m'a forcé au silence jusqu'à ma mort.

Chapitre II : Preuves tirées des erreurs de la foi (extrait)


Les Mahométans, les Indiens, les Païens, en allèguent en faveur de leurs Religions aussi bien que les Chrétiens. Si nos Christicoles font état de leurs miracles et de leurs prophéties, il ne s'en trouve pas moins dans les Religions Païennes que dans la leur. Ainsi l'avantage que l'on pourrait tirer de tous ces prétendus motifs de crédibilité se trouve à peu près également dans toutes sortes de Religions.

Cela étant, comme toutes les histoires et la pratique de toutes les Religions le démontrent, il s'ensuit évidemment que tous ces prétendus motifs de crédibilité, dont nos Christicoles veulent tant se prévaloir, se trouvent également dans toutes les Religions, et par conséquent ne peuvent servir de preuves et de témoignages assurés de la vérité de leur Religion, non plus que de la vérité d'aucune : la conséquence est claire.

2°. Pour donner une idée du rapport des miracles du paganisme avec ceux du Christianisme, ne pourrait-on pas dire, par exemple, qu'il y aurait plus de raison de croire Philostrate en ce qu'il récite de la vie d'Apollonius, que de croire tous les Evangélistes ensemble dans ce qu'ils disent des miracles de Jésus-Christ, parce que l'on sait au moins que Philostrate était un homme d'esprit, éloquent et disert, qu'il était secrétaire de l'Impératrice Julie, femme de l'Empereur Sévère, et que ç'a été à la sollicitation de cette Impératrice qu'il écrivit la vie et les actions merveilleuses d'Apollonius ? marque certaine que cet Apollonius s'était rendu fameux par de grandes et extraordinaires actions, puisqu'une Impératrice était si curieuse d'avoir sa vie par écrit ; ce que l'on ne peut nullement dire de J.‑C., ni de ceux qui ont écrit sa vie, car ils n'étaient que des ignorants, gens de la lie du peuple ; de pauvres mercenaires, des pêcheurs qui n'avaient pas seulement l'esprit de raconter de suite et par ordre les faits dont ils parlent, et qui se contredisent même très souvent et très grossièrement.

À l'égard de celui dont ils décrivent la vie et les actions, s'il avait véritablement fait les miracles qu'ils lui attribuent, il se serait infailliblement rendu très recommandable par ses belles actions : chacun l'aurait admiré, et on lui aurait érigé des statues, comme on a fait en faveur des dieux ; mais au lieu de cela on l'a regardé comme un homme de néant, un fanatique, etc.

Josèphe l'historien, après avoir parlé des plus grands miracles rapportés en faveur de sa nation et de sa Religion, en diminue aussitôt la créance et la rend suspecte, en disant qu'il laisse à chacun la liberté d'en croire ce qu'il voudra : marque bien certaine qu'il n'y ajoutait pas beaucoup de foi. C'est aussi ce qui donne lieu aux plus judicieux de regarder les histoires qui parlent de ces sortes de choses comme des narrations fabuleuses. Voyez Montaigne et l'auteur de l'Apologie des grands hommes. On peut aussi voir la relation des missionnaires de l'île de Santorini : il y a trois chapitres de suite sur cette belle matière.

Tout ce que l'on peut dire à ce sujet nous fait clairement voir que les prétendus miracles se peuvent également imaginer en faveur du vice et du mensonge, comme en faveur de la justice et de la vérité.

Je le prouve par le témoignage de ce que nos Christicoles mêmes appellent la parole de Dieu, et par le témoignage de celui qu'ils adorent : car leurs livres, qu'ils disent contenir la parole de Dieu, et le Christ lui-même qu'ils adorent comme un Dieu fait homme, nous marquent expressément qu'il y a non seulement de faux Prophètes, c'est-à-dire des imposteurs qui se disent envoyés de Dieu et qui parlent en son nom, mais nous marquent expressément encore qu'ils font et qu'ils feront de si grands et si prodigieux miracles que peu s'en faudra que les justes n'en soient séduits. Voy. Matthieu, XXIV, 5, 11, 24, et ailleurs.

De plus, ces prétendus faiseurs de miracles veulent qu'on y ajoute foi, et non à ceux que font les autres d'un parti contraire au leur, se détruisant les uns les autres.




PS : Je me suis permis d'ajouter un commentaire à ce texte, afin d'exposer ma modeste opinion sur le sujet de l'athéisme (voir ci-dessous)

1 commentaire:

BERTRAND TIECHE a dit…

Pour ma part, je considère le phénomène religieux comme un corollaire parasite de l’intelligence, une sorte de virus bénéficiant d’une faille du programme de fonctionnement de l’esprit humain. Et je pense bien sûr qu’il s’agit là d’un embarrassant héritage de notre évolution. J’avais été séduit par l’idée d’un chercheur qui proposait que l’attitude religieuse pouvait dériver de l’importance pour notre espèce de la fonction des parents vis-à-vis des enfants.

La théorie de l’évolution constitue pour moi une explication raisonnée et élégante de ce que nous sommes, et ce, par delà bien et mal…

Donc, bien sûr les religions sont des sortes de bizarreries au regard de la logique, mais ne le sont-elles pas tout autant que bon nombre de particularités de l’espèce humaine ? Comme l’amour, l’art ou la musique par exemple ? Ce ne sont pas les religions qui nous rendent meurtriers, racistes ou sexistes. Ces tares sont en nous et trouveraient de toute façon d’autres vecteurs pour s’exprimer. J’ai même remarqué que certaines personnes par leurs qualités personnelles donnaient une meilleure image de leurs religions. Le combat contre les religions est un combat perdu d’avance si l’on ne sait pas comment fonctionne notre esprit.
La solution serait-elle de guérir de la religion par l’instruction ? (une certaine instruction). Bien sûr que non, cela serait aussi vain que de vouloir éradiquer les maladies génétiques par l’eugénisme d’Alexis Carel ! La maladie réapparaitrait inexorablement au bout d’un certain temps, c’est dans notre programme !
Je sais que le principal boulot d’un philosophe est de sortir le plus d’enchaînés possibles de la caverne aux ombres de Platon. Mais même en dehors de ladite caverne, même en plein ciel, même sous le plus beau des soleils, nous sommes toujours prisonniers de la caverne de notre crâne !

Pour toutes ces raisons, je pense qu'il n'est pas raisonnable de s'épuiser à lutter contre les religions.
Il y a mieux à faire !
Je préfère le rire de Voltaire...